"Tous ceux qui errent ne sont pas forcément perdus"
J'aimerais pouvoir vous dire que je suis l'auteure de cette phrase bien puissante (et ô combien réconfortante en ces temps de crise où personne ne sait très bien où il en est) mais mon honnêteté me pousse à vous dire que je l'ai empruntée à J.R.R. Tolkien. Écrite en grand sur des affiches pour une exposition et placardée dans toutes les stations de métro de Londres, elle m'a percutée. Après quelques rapides recherches, j'ai appris qu'il s'agissait en fait d'un vers extrait d'un poème inséré dans Le Seigneur des Anneaux (et que, shame on me, je ne m'en rappelais absolument pas) :
All that is gold does not glitter,
Not all those who wander are lost;
The old that is strong does not wither,
Deep roots are not reached by the frost.
From the ashes a fire shall be woken,
A light from the shadows shall spring;
Renewed shall be blade that was broken,
The crownless again shall be king
La dernière strophe se rapportant au destin d'Aragorn dans la trilogie, il est sans doute un peu normal que la première strophe soit plus parlante. (J'avoue, j'ai failli pleurer sur l'image finale du givre...)
J'ai donc choisi cette phrase pour être le titre de mon blog.
Mes amis vous diraient que je suis une adepte de "l'errance", pas tellement parce que je suis du genre vagabonde mais plutôt parce que j'ai tendance à abuser de ce verbe que j'aime bien employer dans des contextes pas toujours très appropriés : errer.
Outre le fait que la flânerie ait toujours été propice à la créativité, j'ai tendance à penser que la vie en général n'est qu'errance. Certes, on se fixe des objectifs qui nous font avancer, mais la plupart du temps, les choix déterminants dans notre vie sont souvent orientés par le hasard. Le hasard des rencontres, par exemple. Certains pensent qu'il n'y a pas de hasard et que ces rencontres sont en réalité le fruit du destin. Qu'elles se produisent pour une raison. Je pense que "hasard" n'est qu'un autre nom pour parler du destin. Des fois on se sent appelé par quelque chose et on va suivre cette direction coûte que coûte. Des fois ça "tombe dessus". Peut-être que dans le second cas, on ne savait pas, on ne sentait pas qu'on était appelé. C'est peut-être ça la différence.
Et l'errance, dans tout ça, me direz-vous ? L'errance c'est savoir se laisser guider par quelque chose qu'on sent au fond de soi, et qu'on sent plus ou moins selon les jours. On ne sait pas vraiment où ça mène, ça ne donne qu'une très vague direction, mais c'est comme si le vent nous poussait par-là. Alors on suit. De temps en temps on aimerait bien faire demi-tour parce que le but paraît trop loin, inaccessible, source potentielle de souffrance. Ça fait peur. On change de chemin, on tourne au premier croisement. Mais on finit par retomber sur cette même route qu'on avait quittée. Parce que c'est là qu'on doit aller. Et les détours font partie de cette route. Qui sait, si on n'avait pas changé de cap un moment, on serait peut-être tombé sur une impasse.
J'ai l'impression que cette route est plus rusée que nous. Si elle sent que c'est son rôle de nous emmener quelque part, elle le fera. Quitte à nous faire croire qu'on l'avait laissée derrière. Elle sait se déguiser. Passer de chemin poussiéreux à chaussée goudronnée pour se changer en fleuve, en route de montagne. Et pendant tout ce temps, vous suivez la même voie sans même en avoir conscience, alors que vous étiez persuadé de lui avoir échappé.
Pourquoi parler d'errance, dans ce cas, puisqu'on avance ? Parce que l'errance est définie par l'incertitude. On a l'impression de s'égarer en chemin, de s'arrêter pour prendre des cailloux inutiles sur le bas-côté. Alors que ce sont ces petits cailloux qui nous permettront de continuer, que ce soit pour faire une pause poétique en admirant des ricochets réussis ou pour faire fuir un oiseau de malheur qui allait nous attaquer. Ça permet de jouer au petit Poucet, on se souvient par où, par quoi on en est passé pour arriver là où on est maintenant. Et selon moi, il y a deux sortes d'errance, selon l'humeur.
Il y a des jours où mettre un pas devant l'autre ne représente aucunement une épreuve, on court et sautille plus qu'on ne marche ; on embrasse chaque gravillon du chemin qui se trouve être le nôtre et on ramasse les pépites d'or qui le longent en remerciant le ciel, même si on ignore où on va exactement et pendant combien de temps on avancera à ce rythme. D'autres jours, on se sent déambuler dans le brouillard, on a froid et on se maudit d'avoir emprunté cette route-là plutôt que celle d'à côté, on se répète qu'on aurait mieux aimé une piste plus verdoyante et rassurante, qu'on fonce sans doute droit dans un mur et qu'on ferait mieux de faire marche arrière.
Mais reculer sur la route de la vie ce n'est pas possible. Comme sur un tapis roulant, on est obligé de continuer tant que quelque chose se dessine devant nous. Et il se dessine quelque chose à chacun de nos pas, fumée noire ou traits bien nets. On est parfois forcé d'avancer à l'aveugle mais on ne tarde pas à se rendre compte qu'une trame finit par transparaître en dessous. Cette responsabilité est effrayante, mais elle est aussi excitante, car c'est cet entre-deux qui permet de réaliser, au final, les plus belles aquarelles. Celles qui nous ressemblent.
Il y a des jours où mettre un pas devant l'autre ne représente aucunement une épreuve, on court et sautille plus qu'on ne marche ; on embrasse chaque gravillon du chemin qui se trouve être le nôtre et on ramasse les pépites d'or qui le longent en remerciant le ciel, même si on ignore où on va exactement et pendant combien de temps on avancera à ce rythme. D'autres jours, on se sent déambuler dans le brouillard, on a froid et on se maudit d'avoir emprunté cette route-là plutôt que celle d'à côté, on se répète qu'on aurait mieux aimé une piste plus verdoyante et rassurante, qu'on fonce sans doute droit dans un mur et qu'on ferait mieux de faire marche arrière.
Mais reculer sur la route de la vie ce n'est pas possible. Comme sur un tapis roulant, on est obligé de continuer tant que quelque chose se dessine devant nous. Et il se dessine quelque chose à chacun de nos pas, fumée noire ou traits bien nets. On est parfois forcé d'avancer à l'aveugle mais on ne tarde pas à se rendre compte qu'une trame finit par transparaître en dessous. Cette responsabilité est effrayante, mais elle est aussi excitante, car c'est cet entre-deux qui permet de réaliser, au final, les plus belles aquarelles. Celles qui nous ressemblent.
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