Les
noces se célébrèrent dans le plus grand secret. Aucun invité, aucun allié dans
cette ultime provocation stellaire. Pas de demoiselle d’honneur ni de témoin.
La meilleure amie sera furieuse lorsqu'elle l'apprendra ; le meilleur pote
n'aurait pas compris. Quant aux parents la question ne se posait même pas. Ils
auraient pourtant été les premiers à applaudir, présence discrète en
arrière-plan au sourire débordant de tendresse. Mais c’était justement ce
sourire qui gênait. Cette gentillesse qui semblait dire « regarde comme
ils sont mignons ! ». Hors de question. Cet accès de condescendance
bienveillante n'aurait pu que compromettre la solennité de leur moment, du
moment le plus important de leur vie, de leur rite de passage.
Debout
l'un en face de l'autre, ils se regardent dans les yeux, d’un regard qui ne
flanche pas. Avec un tel sérieux, une telle grâce qu’on les croirait tirés
d’une peinture en clair-obscur. Deux Eros, deux chérubins se jurant fidélité,
se promettant de s’aimer pour toujours, à la vie à la mort. Ils s’observent
mutuellement et dans leurs prunelles se reflètent la même détermination, le
même éclat qui murmure « c’est une folie mais allons-y ». En apnée,
suspendus dans l'intensité de ce présent miraculeux, submergés par cette
puissance cosmique, par l'absolue pureté de ces émotions nouvelles.
Un
rai de lumière s’est infiltré entre la vieille porte de bois écaillée et le mur
de pierre décrépi, baignant le réduit de reflets mordorés qui ondulent
doucement sur le sol de poussière. La lueur précaire met en valeur ses boucles
blondes qui frisottent le long de ses joues fraîches et rebondies. Il aime
beaucoup ces cheveux clairs qui lui rappellent l’innocence des héroïnes de
contes. Lui est à moitié caché par l’obscurité ; l’unique rayon de soleil
qui ose s'immiscer dans leur intimité vient scinder son corps en deux dans le
sens de la longueur, faisant reluire son front bombé. Elle aime cette pâleur
accrue qui allonge et creuse son visage encore rond.
Personne
ne les a vus se faufiler dans l’église qu’ils ont choisie pour leur
consécration. Ils avaient besoin d’un endroit qui ne soit qu'à eux. Un endroit
où ils pouvaient se délecter de ce parfum étrange qui les enveloppait tous deux
dans la même valse aérienne, le même vertige enivrant. Bien sûr tout le monde
savait. Tout le monde savait qu’Ariane et Bastien étaient amoureux. D’où leur
irrépressible besoin de solitude, pour ne plus attirer les regards, les
commentaires, consternés et lassés qu'ils étaient des moqueries puériles de
leurs pairs. Un jour peut-être comprendraient-ils l’immensité de ce qu’ils
étaient en train de vivre. Pour l’heure, ils devaient s’isoler, s’exiler dans
leur amour naissant et le consommer à part, à l’écart de la société. C'est le
propre des grandes passions que de rester incomprises, subversives car brisant
tous codes, tous cadres et toutes convenances vainement imposés par l'ordre
public.
Combien
de minutes s'étaient-elles écoulées depuis l'arrêt du temps en cette dimension
qui n'existait que pour eux seuls ? Aucun des deux n'ose esquisser un pas
vers l'autre, de peur de briser cet instant d'éternité, cet équilibre si beau
et si fragile qui n'existe qu'une seule fois entre deux êtres. Mais la basse et
froide réalité n'a que faire des fantasmes des amants. Elle finit toujours par
se réapproprier ce qu'elle croit sien, par figer les gestes dans une embrassade
glacée qui relègue l'amère beauté de se souvenir aux caprices de la mémoire.
Bientôt on les interrompra. On leur arrachera ce sentiment de force pour les
ramener au réel. Il faut agir vite, aller jusqu'au bout avant qu'il ne soit
trop tard. Ils lèvent leurs mains tremblantes à l'unisson, parfait miroir
inversé. De sa main droite il saisit sa main gauche et approche doucement de
ses doigts leur trésor commun, le témoignage qui verbalise l'implicite de leur
promesse : un anneau d'argent simple surmonté d'une fleur rose et blanche
à demi éclose. Un nénuphar comme chez mamie, mais sans grenouille dessous. Le
bredouillage se fond dans le noir, inaudible peut-être. La gorge nouée par
l'émotion, elle l'invite à poursuivre, acquiesçant d'un hochement de tête. Elle
est prête, impatiente. Sa main maladroite manque faire tomber la bague mais la
voici enfin, enfin à son doigt, étincelante, il l'y a insérée et elle y trône,
stèle d'amour inamovible à l'éclat inviolable. Ils restent un instant hébétés,
ébahis, à la regarder. Elle lève son visage vers le sien, les yeux brillants
d'un feu indicible, et le serment se scelle de lui-même. Leurs bouches se
heurtent le temps d'un souffle.
Ils
se regardent à nouveau, explosent de rire. C'est la joie débordante, le cœur
qui éclate, ils l'ont fait, ils ont osé, maintenant, ils sont mariés, c'est
pour la vie. Et tant pis si les autres ne sont pas contents - tous des jaloux de
toute manière. Spontanément, ils s'attrapent par la main. Bastien la relâche
aussitôt car la bague a beau être jolie (c'est pour ça qu'il l'a choisie) elle
lui a piqué la paume. Mieux vaut changer de côté.
Jamais
Bastien ne s'est senti si grand, lui qu'on place toujours au premier rang sur
les photos de classe. Avec la main d'Ariane dans la sienne il se sent capable
de combattre tous les monstres,
d'affronter tous les méchants et de défendre les vieilles veuves et les jeunes orphelins. Il est prêt à devenir le plus fort des chevaliers. Ariane resplendit
à ses côtés. C'est elle la mariée céleste et solaire aujourd'hui, celle dont on
cherche à apercevoir le sourire radieux sur les marches de la mairie, avec son
bras coincé sous celui de son tendre mari. Elle a bien fait d'insister pour
porter sa belle robe blanche à petits trous ce matin, et pour que sa mère
accepte de lui tresser sa couronne de fleurs en plastique blanches dans les
cheveux. Bien sûr, elle n'avait pas expliqué pourquoi. Sa mère avait cru à un
caprice, comme d'habitude, elle l'avait grondée avant de céder. Mais en aucun
cas elle n'aurait trahi la promesse que Bastien et elle s'étaient faite le jour
précédent : on dit rien à personne.
Ils
sortirent de l'appentis en courant, comme deux petits fous venant de faire une
bêtise. Le maître allait justement sonner la cloche annonçant la fin de la
récréation. Laurent les remarqua, s'étonna de leurs mains jointes :
«
Bah alors, on vous a pas vus de la récré, vous avez fait quoi ? »
Nouvel
échange de regards et de rires complices entre les deux époux.
xxx
« Je
ne sais plus quoi faire docteur. Ariane ne rit plus. Elle mange à peine,
me répond par monosyllabes. Elle ne veut plus aller à l'école et ne veut pas
m'expliquer pourquoi. J'ai tout essayé pour qu'elle me dise ce qui se passe
mais elle ne réagit à rien. Ni aux cadeaux, ni à ses gâteaux préférés, ni aux
câlins, ni aux menaces. Elle se laisse faire ou me rejette violemment. En tout
cas elle refuse de s'ouvrir. Non vraiment, je ne sais plus quoi faire. »
Elle
se tordait les mains, des larmes perlant au bord de ses longs cils, un regard
implorant posé sur l'enfant, impassible. « C'était une petite fille si
joyeuse... » Le murmure étranglé se perdit quelque part au fond de la
gorge nouée par l'angoisse.
Le
médecin se pencha vers la jeune patiente. Assise au bord de son siège, le
regard fixé sur un point invisible entre ses pieds flottant dans le vide, elle
n'avait pas bronché pendant tout le temps où sa mère avait parlé, son visage
aussi lisse et grave qu'une sculpture de marbre.
« C'est
vrai tout ça Ariane ? »
Devant
l’absence de réaction, il esquissa un geste pour empêcher la mère de la
reprendre.
« Quelque
chose qui s'est mal passé à l'école ? »
La
gamine se mit à gratter une irrégularité dans le cuir du fauteuil au-dessus de
sa jupe étalée en corolle sur ses genoux.
« Je
ne vois que ça docteur. Un jour elle est rentrée à la maison, c'était il y a
deux ou trois semaines. Elle a filé dans sa chambre sans rien vouloir avaler
pour le goûter. Après ça c'était fini. Je ne pouvais plus en tirer un seul
mot. »
Il
hocha la tête, compréhensif.
« Mme
Vertert, pourriez-vous me laisser seul un instant avec votre fille ? »
La
femme rougit, bafouilla, laissa échapper quelques protestations inquiètes avant
d'obtempérer. Toujours dur de reconnaître son impuissance pour un parent. Et
encore davantage de l'accepter. Il laissa passer un instant avant de venir se
placer sur le fauteuil que la mère venait de quitter. Il pouvait à présent l'entendre faire les cent
pas derrière la porte du cabinet.
Toujours
préoccupant, le mutisme, chez les mômes. Souvent un événement traumatique
en-dessous, une souffrance impossible à mettre en mots. Mais quelque chose de
particulièrement troublant chez cette gosse. Il examina la frimousse, la
posture droite, les mains potelées aux gestes précis. Toute absorbée à
l'affichage de sa fausse indifférence. Nullement impressionnée, la petiote.
Copieuse d'avance, la crise d'ado.
« Et
si vous me disiez ce qui ne va pas, mademoiselle ? »
Le
vouvoiement l'étonna, la fit lever la tête. La marque de considération n'était
pas pour lui déplaire. Imperceptiblement regonflée. Continue, tu m'intéresses.
Non sans quelques préciosités, elle planta ses yeux dans les siens. Un profond
puits de velours noir dans lequel sommeillait une lueur d'orage. Une moue de
défi. Vas-y, essaye. Mes lèvres sont de pierre, ma langue de plomb. Tu ne
sauras rien de moi.
Il
posa plusieurs questions qu'elle ignora superbement, se contentant d'un regard
en biais. Esquisse d'un sourire amusé. La vanité de son interrogatoire qu'il
avait la présomption de croire différent de ceux précédemment subis commença à
l'ennuyer. Elle retourna aux plis du siège. Match nul, un partout. Il prit
appui sur son dossier, recula un peu sa chaise. Observa ces doigts minuscules
suivre le fil des rivières asséchées creusées par l'usure. Chemin de larmes.
Rides de tristesse inexprimable qui se seraient transférées du visage enfantin
au cuir du vieux fauteuil témoin d'une ribambelle de grands malades,
imaginaires ou non. Diva miniature aux manières ciselées par le malheur. Grande
dame à l'orgueil blessé qui trouvait refuge dans la noblesse de son maintien.
Qu'est-ce qui peut bien rendre triste une gamine de six ans ? Pas de décès
dans la famille, pas de divorce parental en vue. La perte d'une poupée
fétiche ? Une mauvaise note à l'école ? Une brouille avec la BFF ? Ou quelque chose de plus
grave encore que tous ces gros chagrins ? C'est alors qu'il l'aperçut.
Froide et pointue, brillant à son doigt. Germe d’un diagnostic. Un instinct policier
le poussa à parler.
« Magnifique
votre bague. C'est votre fiancé qui vous l'a offerte ? »
Le
tracé s'arrêta, fil tranché net. Le masque s'était fissuré l'espace d'un
instant. Elle reprit son dessin de plus belle, déesse inébranlable. Juste un
cahot sur le chemin.
« Il
doit beaucoup vous aimer pour vous avoir fait un aussi joli cadeau. Vous avez
de la chance. »
La
ligne s'arrêta à nouveau, chercha à se poursuivre d'un index tremblant.
S'infiltrer dans la plaie à vif, cerner le symptôme et ne pas le laisser filer.
« C'est
beau d'être amoureuse. C'est rare de trouver la bonne personne aussi jeune.
Bravo. »
Cruel
mais nécessaire. Le port altier s'affaissa, épaules du vaincu. Game over.
Les boucles blondes vinrent chatouiller le menton tremblotant. Des larmes
roulèrent sur les joues poupines tandis qu'un reniflement vint confirmer la
défaite. Il avança une boîte de mouchoirs à laquelle elle ne prêta aucune
attention, privilégiant la manche de sa veste en coton rose pastel pour essuyer
larmes et morve qui avaient eu l'audace d'échapper à sa censure. Elle se
redressa pour le regarder en face, un éclair de révolte dans ses yeux humides.
Elle retira la bague nénuphar de son doigt et la posa brusquement sur la table.
« Si
tu la veux moi j'en veux plus. »
Il
remercia d'un hochement de tête. L’envoya chercher sa mère dans la salle d'attente.
Pendant qu'il mettait à jour son dossier de suivi, il hésita sur
les motifs. Haussa les épaules avant de se décider à y inscrire chagrin d'amour. Tant pis pour l'effet
mélo. Savoir appeler un chat un chat. Les deux femmes firent leur entrée. Une
déprime passagère. Besoin de réconfort. Être là pour écouter si confession il y
a. Ariane ne pleurait plus, étudiait soigneusement les pendeloques du lustre
pour éviter le regard interrogatif de sa mère, qui n'osait prononcer toutes les
questions qui se bousculaient à ses lèvres. Qui, quoi, comment, elle n'avait
rien vu venir. Voilà sa fille devenue grande, en proie aux affres de l'amour.
Et que faire pour en protéger ses enfants, de celui-là ? Que faire à part
recoller au mieux les morceaux du petit cœur malmené ? Le médecin rassura, préconisa les pouvoir curatifs du temps, de la vertu de patience, des
plaisirs simples, raccompagna à la sortie, vint se replacer derrière le bureau.
Releva la tête. Ariane se trouvait toujours à la porte.
« En
plus, elle est même pas belle et elle a un gros cul. »
Elle
s'éclipsa avant qu'il ne puisse répliquer quoique ce soit. Il sourit. Du caractère
cette petite. Elle s'en remettrait vite. Sur sa feuille, il rajouta entre
parenthèses adultère.
xxx
Bastien
essayait de croiser son regard. Mais à chaque fois qu'il trouvait la force de
se retourner vers elle au prix d'un colossal effort, elle restait face au
tableau, insensible, apparemment engagée de tout son être dans l'opération
mathématique du jour. Les soustractions ce n'est pas évident, nettement moins
facile que les additions, il fallait se concentrer. Il avait remarqué que la
bague avait disparu de son doigt. Enlevée et rangée dans un coin, une boîte à
souvenirs ? Enterrée ? Donnée à quelqu'un d'autre ? Jetée dans
une mare à grenouilles ? Brisée à coups de marteau ? Peut-être avait-elle
demandé à son père de lui rendre ce service, qu'il fut ravi d'exécuter afin
d'expier la rage qu'il contenait tant bien que mal contre ce vaurien, ce petit
con, ce satané parjure qui avait fait du mal à sa fille chérie ? Peut-être
était-il jugé et condamné chaque soir, que tous trois lui réglaient son compte
à chaque repas, activité familiale que de cracher sur lui et son serment violé.
Il
n'était même pas certain d'être amoureux de Léa. A vrai dire, il n'avait pas
vraiment eu le choix. Pendant une récréation, elle était venue le voir et avait
décrété que, dorénavant, il serait son amoureux. Il avait bien essayé de
discuter, d'argumenter, d'exposer la situation - non, impossible, ç'aurait été
avec plaisir mais il n’était malheureusement pas disponible, il avait offert
une bague à une autre. Mais cela n'avait guère ému l'intéressée. Ses
hésitations l'impatientèrent, aussi elle y coupa court, le saisit par la main
et l'entraîna derrière elle. La suite fut un peu confuse. Très vite, elle le
présenta à tout le monde et il fut reconnu par l'ensemble de la société
infantile comme l'amoureux officiel de Léa. Faire marche arrière n'était pas
une option. Sa vie autrefois prometteuse se vit soudain réduite à une impasse
dans laquelle il était engagé malgré lui, perspective peu réjouissante et vaguement
tragique pour qui va à peine sur ses six ans et demi. Sa honte redoubla
lorsqu'il aperçut Ariane observant la scène depuis un coin de la cour. Elle ne
dit rien, ne poussa aucun cri ni ne versa aucune larme. Ce silence l'inquiéta
encore davantage que la violente scène de ménage tant redoutée. Et cette flamme
dans ses yeux qui brillaient de douleur... Car c'était ce qui émanait de ses
mâchoires serrées : la souffrance, l'humiliation d'avoir été trahie, la
désillusion. Il aurait bien voulu aller vers elle, se dédommager, expliquer que
ce n'était pas vraiment de sa faute, qu'il n'avait rien fait pour mais que ça
lui était tombé dessus, qu'au final c'était même plutôt elle qui comptait,
mais les doigts de Léa tenaient les siens emprisonnés dans un étau, et il n'osa
pas bouger. Ariane s'en était allée sans qu'il n’ait pu faire autre chose
qu'osciller dans une totale indécision.
Pour
le châtier, elle choisit la pénitence la plus cruelle : l'indifférence, la
porte fermée à clé, le mur infranchissable. Bastien était condamné à errer dans
un labyrinthe d'incertitudes, à vivre sous le poids accablant de la
culpabilité. Et rien n'était plus répréhensible que la lâcheté chez les héros.
Son code d'honneur était souillé d'une tache d'encre indélébile, sa carrière de
chevalier-shérif-pompier ruinée avant même d'avoir pu débuter. Il n'avait pas
su tenir parole. La princesse se sauverait toute seule, se trouverait un autre
prince, moins crapoteux. Peut-être lancerait-elle même une campagne d'affiches
afin de prévenir la population de son intolérable faillibilité, le condamnant à
une existence miséreuse, avec à ses trousses la ligue des meilleurs justiciers
intergalactiques (MJI), qui n'aurait de cesse de le traquer pour lui infliger
la punition qu'il méritait.
Mais
malgré tout cela il espérait encore. Il coulait des regards dans sa direction
en priant pour qu'un jour, elle se retourne, comprenne la demande implorante qui
stagnait dans l'étang de ses yeux éteints, et qu'elle y réponde. Ne serait-ce
que d'un signe, un mouvement de la bouche. Pas un sourire, non, il n'en était
pas digne. Mais rien qu'un battement de paupière, un hochement de tête. Un oui
muet pour son absolution.
Ariane
ne bronchait pas. Absorbée par une époque ou une contrée lointaine, son
attention aiguë perçant à travers le voile d'absence dont elle s'enroulait,
elle refusait, à raison, de le libérer de sa prison morale. Si elle était
maudite, promise au malheur éternel par sa traîtrise précoce, il le serait
aussi. Car c'était lui le criminel. Il savait, au fond de son être, qu'elle ne
flancherait jamais, tandis que lui s'effriterait, s'écraserait chaque jour un
peu plus devant sa reine de pierre. Et pourtant il ne pouvait s'empêcher de
caresser des yeux son visage de statue, figé sous sa douleur cachée. Et chaque
jour il la trouvait plus belle encore car toujours un peu plus distante, un peu
plus inaccessible, pétrifiée dans la craquelure irréparable de son cœur
d'enfant brisé.
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