10 February 2014

Création longue - Extrait 5 (Chapitre 2)


     L’écoulement de l’eau s’arrêta dans un crissement, dissipant la torpeur cotonneuse qui entourait son sommeil. Elle laissa la lumière du jour infiltrer ses paupières, tenta de réveiller sa bouche pâteuse avec un bâillement. Elle ouvrit un œil, découvrant Damien en train de boutonner sa chemise.
« Coucou toi. Bien dormi ? »
Un grognement sourd s’échappa de sa gorge en guise de réponse explicite.
« Ouais, moi pareil. »
A y regarder de plus près, il avait en effet déjà connu des matins plus glorieux.
« Il est tard ? T’es en retard ?
- Non, ça va. Mais faut pas que je traîne. Tu peux rester dormir hein. T’as pris ton double ?
- Oui, oui… C’est vrai que t’as cours toi ce matin, on aurait pu faire la soirée un autre jour… soir. »
Il haussa les épaules, résigné à affronter sa journée sans ses huit heures de sommeil réglementaires.
« C’était plus simple de le faire hier puisque Nelly était sur Toulouse pour s’inscrire. Ça laissait pas beaucoup d’options vu qu’elle part vendredi. Demain quoi.
- Ah, oui… »
Demain. Nelly prenait l’avion demain. Difficile à croire. Surtout avec une migraine pareille.
« T’as picolé un peu plus que d’habitude toi hier, non ? Tout va bien ?
- Moui, non, pas trop. Mal à la tête.
- Tu m’étonnes. »
Il la regarda avec malice.
« Toi, ça va ?
- Crevé. Mais ça va. J’suis content que ça se soit bien passé hier.
- Oui, c’était vraiment super. Merci d’avoir organisé tout ça, ça m’a beaucoup touchée.
- Tant mieux. C’était le but. »
Elle fit un effort pour se redresser. Elle aurait voulu se lever pour se terrer dans ses bras. S’y dissoudre comme le cachet d’aspirine auquel elle aspirait. Mais elle n’osa pas. Voyant qu’elle ne s’avançait pas davantage, il lui adressa un sourire furtif avant de s’éclipser dans la salle de bains.
Elle se laissa retomber sur le matelas, les bras en croix, le sang battant à ses tempes, un goût amer dans la gorge. Ce n’était pas la première fois qu’elle se sentait ainsi entravée dans ses gestes. Cela lui arrivait même de plus en plus souvent. Et ce qui l’exaspérait le plus, c’était que cette gêne ridicule était évidemment perceptible. Elle l’avait contaminé de ses hésitations idiotes, de sorte qu’elle ne savait plus dire si le malaise actuel venait d’elle ou de lui.
Il réapparut dans son champ de vision, penché au-dessus d’elle. Il sentait bon. Kenzo. L’esprit encore embrumé, elle songea un instant qu’elle pourrait emporter un échantillon de son parfum. Pour avoir son odeur avec elle.
« Bon, je vais y aller moi. T’oublieras pas de fermer, hein.
- Non, non. »
Ils se dévisagèrent un instant, figés dans cette position incongrue. La pensée vague qu’elle ne s’était même pas débarbouillée et que son teint ne devait pas être des plus frais en ce lendemain de fête flotta un instant dans son esprit avant de disparaître. Un éclat inhabituel brillait dans ses yeux. Une pointe de tristesse. Elle posa sa main sur sa joue.
« Bonne journée Daminou. Encore merci. »
Il sourit. L’embrassa avant de s’en aller. Elle ne se sentit pas la force de se lever pour le suivre.

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