« Great speech, right? »
Marion se retourna pour voir à qui appartenait la main qui venait de
se poser sur son épaule. Carolina souriait. Derrière elle, Sonja
lui adressa un signe distrait. Elle était plongée dans une intense
discussion avec Martina.
« Il a l’air trop gentil ! J’ai presque
envie de m’inventer des problèmes pour aller me faire réconforter
dans son bureau avec une couverture sur les épaules et une tasse de
chocolat chaud. »
Carolina se mit à rire.
« C’est vrai qu’il est super sympa. Je m’attendais à un
discours beaucoup plus formel en fait. Genre un récapitulatif des
trucs à faire… Bon il l’a rappelé vite fait pour qu’il n’y
ait pas d’oubli mais au final, c’était vraiment un discours de
bienvenue !
- J’ai trouvé ça trop cool son top 10 des trucs à faire à
Reading.
- Oui ! Le restaurant qui fait des tourtes là, ça a l’air
délicieux ! Avec les filles on s’est dit qu’on irait un de
ces jours.
- Oh ! Prenez-moi avec vous ! Je veux
absolument y aller moi aussi ! »
Marion reconnut la haute silhouette de Bastien derrière Martina et
elle croisa les doigts pour qu’il ne l’ait pas entendue. Déjà
qu’il devait l’avoir répertoriée comme « fille paumée
cherche amis désespérément »… Mais Carolina paraissait
emballée par l’idée.
« Avec plaisir ! J’allais justement te proposer :
on s’est dit qu’on irait se promener au bord de la Tamise ce
week-end, un de mes colocs anglais m’a dit que c’était une
promenade très agréable et puisque le beau temps est de la partie
en ce moment, autant en profiter tout de suite avant que ça se
dégrade ! Ça t’intéresse ?
- Super ! En plus ça enlèvera un truc de notre top 10 !
- Exactement ! Comme quoi mon coloc ne tire pas forcément toujours la chasse derrière lui mais il dit pas que des
conneries, c’est bon à savoir. On pensait faire ça
dimanche, pour se détendre avant la rentrée… ! Sonja s’est
déjà un peu baladée par-là et elle connaît un restaurant assez
typique qui fait apparemment de la très bonne viande. On pourrait
aller manger là-bas avant d’entamer la promenade digestive…
- Parfait ! J’adorerais essayer tout ça !
- Tu as un numéro anglais ou pas encore ? »
La veille, Marion les avait suivies dans un magasin de téléphonie
mobile toutes marques confondues dans lequel Martina tenait
absolument à aller. Elles avaient demandé conseil aux vendeurs sur
les meilleurs tarifs possibles pour leur situation. Martina avait
finalement été la seule à acheter un pack téléphone basique +
carte SIM anglaise + forfait mensuel. Elle semblait surtout pressée
d’avoir un vrai numéro depuis lequel appeler son copain en Italie.
« Non pas encore. Même si je pense que je prendrais sans
doute la même chose que Martina. C’est ce que le type nous a
décrit comme le plus avantageux, de toute façon…
- C’est ce que je pensais aussi. Mais on vient d’en parler
avec ce gars, et apparemment on s’est fait avoir, il existe des
formules nettement moins chères. »
Elle pointait Bastien du doigt. S’il était dépité de la trouver
là en train de parler aux mêmes personnes que lui, il n’en montra
rien. Son visage restait aussi inexpressif qu’à l’accoutumée,
ce qui ne fit que renforcer son malaise. Elle lui marmonna un vague
« salut ».
« Tu connais Bert ? »
Prononcé à l’anglaise on aurait presque dit qu'elle disait
« beurk ».
« Bert ?
- Oui, lui. C’est lui qui vient de nous parler des forfaits
d’Orange. »
Bastien dépassa Martina et Sonja et se pencha pour lui faire la
bise, impassible. Marion le dévisagea avec incertitude.
« Bert ? »
Il haussa les épaules.
« Personne n’arrive à prononcer Bastien correctement. Bert
c’est bien. Plus idiomatique. »
Sa façon de présenter les choses rendait les choses si évidentes
qu’elle renonça à enquêter plus en avant. Elle doutait jamais
arriver à comprendre sa logique – BERT ? Mais qui aurait volontairement choisi de se faire appeler ainsi s'il n'avait pas été affublé de ce prénom à sa naissance ?
« Martina est dégoûtée, elle hésite à aller se faire
rembourser.
- Rembourser ? C’est peut-être un peu tard pour ça…
- Mais pourquoi il m’en a pas parlé ce fils de pute ? »
Son accent italien était d’autant plus exacerbé que son
irritation était grande. Marion resta bouche bée face au
motherf***er qu’elle venait de lancer. Si l’injure ne lui
était bien sûr pas inconnue, le contexte lui paraissait
relativement léger pour une insulte aussi chargée.
Bien que la question se rapproche davantage de l’interrogation rhétorique que de la véritable adresse, elle recula instinctivement d’un pas. Elle ne se sentait soudain plus l’envie de remettre son projet en cause. Elle doutait sérieusement que le frêle bonhomme au teint pâle qui avait eu la malchance de les renseigner la veille fasse le poids contre la fureur italienne qui se déployait devant elle. A la voir, Marion avait la sensation qu’elle allait se mettre en route séance tenante pour aller dépecer le responsable de son malheur. Mort ou vif.
Bien que la question se rapproche davantage de l’interrogation rhétorique que de la véritable adresse, elle recula instinctivement d’un pas. Elle ne se sentait soudain plus l’envie de remettre son projet en cause. Elle doutait sérieusement que le frêle bonhomme au teint pâle qui avait eu la malchance de les renseigner la veille fasse le poids contre la fureur italienne qui se déployait devant elle. A la voir, Marion avait la sensation qu’elle allait se mettre en route séance tenante pour aller dépecer le responsable de son malheur. Mort ou vif.
« On ira voir comment ça fonctionne à Orange, Martina. Je
suis sûre que tu pourras changer facilement. »
Martina hocha la tête, obtempérant à la sagesse allemande malgré
son agacement. Ses yeux verts lançaient des éclairs autour d’elle,
si bien que Marion n’osa pas s’approcher d’elle pour lui dire
bonjour. Souhaiter une bonne journée dans ces conditions ne serait
peut-être pas très bien perçu.
Tandis qu’elle s’éloignait, l’adresse mail de Carolina en
poche, elle se demanda si elle pourrait manger face à face avec
Martina le dimanche suivant sans craindre une nouvelle éruption
subite – que se passerait-il si elle l’éclaboussait de sauce par
maladresse ? Voire même si elle aurait le cran de l’ajouter à
sa liste d’amis Facebook. Il n’y avait manifestement pas que les anglo-saxons avec lesquels elle allait devoir se familiariser cette
année…
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