La porte de la 153 était
ouverte lorsqu'elle arriva. Marion découvrit quelques étudiants déjà installés.
Elle s'assit sur un des sièges et attendit, faisant de son mieux pour ne pas
paraître trop surexcitée. Son premier seminar. Rien que le changement de
décor indiquait que celui-ci n'aurait aucun rapport avec les autres cours en TD
ou magistraux. Une table basse, une dizaine de fauteuils dépareillés. Pas de
pupitre, juste un bloc-notes posé sur les genoux. Marion imita ses collègues et
sortit le polycopié qu'elle s'acharnait encore à déchiffrer une demi-heure
avant de partir. Elle regardait autour d'elle, feignant la nonchalance sans
grand succès. Une nouvelle étudiante s'installa dans leur cercle, saluant ceux
qu'elle connaissait déjà. D'après leurs dires, le professeur les avait invités à entrer
pendant qu'il allait faire des photocopies.
Sa curiosité était
telle qu'elle avait du mal à rester en place. Derrière elle se trouvait le
bureau personnel du professeur, à moitié enseveli sous d'immenses piles de
livres aux titres imposants. Epic : Britain's
Historic Muse ; Beyond
Arthurian Romances, The Reach of Victorian Medievalism ; The
Vikings and the Victorians ; Tennis for Dummies… (attends, Le tennis pour les nuls ? celui-là
s'était sans doute égaré...). On distinguait à peine les murs derrière les bibliothèques
remplies d'ouvrages, certaines étagères susceptibles d'exploser à tout moment.
Elle remarqua une photo de famille qui trônait près de la lampe en cuivre. D'après
les gros cœurs rouges dégoulinants qui en ornaient chaque coin, on devinait que
le cadre était artisanal, probablement l’œuvre de la tête blonde qu'on
apercevait sur l'image. Les boiseries qui empiétaient sur la tapisserie vert
pâle faisait régner dans la pièce une atmosphère feutrée et confortable. Elle
s'imagina un grand barbu en longue robe de savant, penché sur ses parchemins à
la lueur de son unique bougie, rédigeant page sur page à l'aide d'une grande
plume d'oie dont il éprouvait la douceur entre ses doigts lors de ses pauses
méditatives. Elle allait adorer ce cours, elle le savait d'avance.
Son Dumbledore
mental s'effaça pour faire place au vrai professeur (la trentaine, les cheveux
courts, un grand sourire enthousiaste lui occupant la moitié du visage et les
prunelles azur pétillant derrière des lunettes rectangulaires) qui se présenta
comme Harry Jones et insista pour qu'on l'appelle Harry. Marion resta sans voix
tandis qu'elle se représentait devant un banquet festif et aviné avec les
autres, en train de donner de grandes tapes amicales dans le dos de Harry. En deux minutes à peine, il
s’était assis et relevé au moins cinq fois, animé par
sa présentation du module, impatient de commencer. Son débit était si rapide
que cela mobilisait toute la concentration de Marion. Au vu de l'énergie qu'il
déployait actuellement, il paraissait relativement incongru de l'imaginer
rester assis à son bureau pour lire pendant plus d'un quart d'heure. Elle le
voyait bien soulever des haltères en rythme d'une main tout en lisant un épais
volume placé dans l'autre. D’ailleurs, à y regarder de plus près, il paraissait
plutôt musclé, non ? Les épaules bien droites. Une barbe de quelques jours
qui venait encadrer sa mâchoire carrée. Son regard d'aigle se tourna soudain
vers elle, la faisant rougir comme une pivoine. Son immense sourire faisait
perler une lueur de folie dans ses yeux clairs. Il en était à faire l'appel et
l'avait repérée d'emblée comme l'unique étrangère de la classe – n'hésitez
pas à me dire si je parle trop vite ! Elle acquiesça vingt secondes
après qu'il ait fini de parler, alors que deux autres personnes avaient répondu
présent après elle. Peut-être juste un tantinet trop vite...
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